vendredi, octobre 16, 2026

La décision rendue publique ce 13 avril 2026, par la Cour d’appel de Rabat marque une nouvelle étape décisive dans le volet judiciaire de cette crise post-Can 2025. Que retenir d’essentiel ?

Plusieurs axes majeurs déterminent ce nouveau volet de l’affaire des 18 supporters sénégalais jugés et condamnés au départ par le Tribunal de première instance de Rabat. Puis, suit la confirmation des peines de prison par la Cour d’appel de Rabat.

. La confirmation des peines de prison et ses contours

La Cour d’appel de Rabat confirme intégralement les jugements rendus préalablement en première instance.

Contrairement aux réquisitions du Parquet qui exigeait un alourdissement des sanctions, les peines infligées aux 18 supporters sénégalais restent comprises entre 3 mois et 1 an de prison ferme.

. 9 supporters ont vu leur peine d’un an de prison et 5 000 dirhams d’amende confirmée ;

. 6 supporters restent condamnés à six mois de prison ;

. 3 supporters conservent leur peine de trois mois.

. Libérations imminentes en perspective

La seule note positive enregistrée dans cette nouvelle sentence est justement, celle qui concerne les supporters condamnés à la peine minimale de trois mois.

Ils sont détenus depuis le 18 janvier 2026, ont vraisemblablement purgé l’essentiel de leur peine. De l’avis des avocats constitués pour la cause, cette libération devrait intervenir le 18 avril 2026 !

. Une défense insatisfaite

Selon les avocats défendeurs des accusés, le procès au niveau de la Cour d’appel de Rabat a statué sans aucune preuve de culpabilité. Me Patrick Kabou marque une vive contestation en s’appuyant sur les points suivants :

Une absence de preuve matérielle, avec l’absence de vidéos ou preuve technique permettant d’individualiser les actes de “hooliganisme” reprochés à ces supporters sénégalais ;

Les arguments des supporters sénégalais mis en cause sont restés les mêmes. Ils ont maintenu leur version des faits, expliquant qu’ils sont allés sur la pelouse de jeu non pas pour contester, mais pour échapper à des mouvements de foule et à des jets de projectiles provenant des tribunes.

. Le contexte sportif

Cet aspect reste sous haute tension. Une décision qui intervient alors que le conflit est loin de s’éteindre. Le titre de champion d’Afrique est entre les mains du Maroc, suite à une décision administrative.

Voilà pourquoi le Sénégal a saisi le Tribunal Arbitral du Sport à Lausanne, pour contester ce retrait de titre.

Au plus fort de la diplomatie menée autour de cette affaire des supporters sénégalais, il est suffisamment clair qu’elle a échoué.

Malgré les liens historiques forts entre Dakar et Rabat, on observe une nette séparation entre les gestes de bon voisinage et la rigueur de la procédure pénale marocaine.

Cette diplomatie a atteint ses limites dans ce dossier sensible, ceci d’apparence :

La fermeté du système judiciaire marocain en dépit des échanges réguliers entre les ministres des affaires étrangères des deux pays (Sénégal et Maroc), voire des Gouvernements ; la justice marocaine tient à cette occasion à marquer le coup.

Ainsi, en confirmant les peines fermes, la Cour d’appel de Rabat envoie un signal de “tolérance zéro” contre le hooliganisme, particulièrement après les investissements colossaux du Maroc dans ses infrastructures pour la Can 2025.

Pour le Royaume, transiger sur ce point serait perçu comme un signe de faiblesse sécuritaire à l’approche du Mondial 2030 !

Le paradoxe de la diplomatie d’apaisement est à mentionner également. Elle concerne sur les deux points suivants :

Au niveau politique, le Sénégal a soigneusement évité toute déclaration incendiaire contre le Maroc, pour préserver intact l’axe diplomatique ;

Au niveau judiciaire, les juridictions marocaines ont traité cette affaire comme un délit de droit commun.

Dès lors, il ressort d’après les faits que, la diplomatie a permis sans doute d’éviter l’escalade verbale entre les deux pays. Seulement, elle n’a pas suffit à obtenir la relaxe ou la grâce de l’autorité royale marocaine jusqu’ici.

C’est justement ce qu’on espère au sein des opinions diverses.

Le poids du contentieux sportif entre étroitement en ligne de compte dans ce verdict rendu public par la Cour d’appel de Rabat.

Il s’agit précisément de la décision rendue par le Jury d’Appel Caf, avait tranché en faveur du Maroc. Ce qui probablement vient compliquer la donne et les chances des supporters sénégalais détenus.

Si la justice marocaine avait pris sur elle de libérer tous ces supporters sans aucune peine, cela serait interprété comme un aveu que les incidents n’étaient pas si graves. Ce qui aurait possiblement affaibli la position du Maroc devant le Tribunal Arbitral du Sport (TAS).

Pourtant dans cette même affaire, l’on a enregistré un cuisant échec des demandes de médiation.

C’est le fait de plusieurs organisations de la société civile et des collectifs de supporters. Ceux-ci ont appelé à une sorte de “solution africaine”, laquelle repose sur le dialogue sous l’arbre à palabres.

La décision rendue publique par la Cour d’appel de Rabat le 13 avril 2026, qui confirme les peines, montre que le volet légal a pris le dessus sur cette “fraternité traditionnelle”, souvent mise en avant dans de nombreux discours officiels.

La seule porte de sortie sur ce volet de la crise en rapport d’avec l’affaire des supporters sénégalais est incontestablement la grâce royale.

À présent que la justice a rendu son verdict définitif en appel, une mesure de clémence de la part de Sa Majesté Mohammed VI reste juridiquement possible, pour la libération des supporters en question. Ce qui permettrait de sauver la face diplomatique sans désavouer les tribunaux.

La mission de Patrice Motsepe, menée entre le 08 et le 09 avril dernier (Dakar et Rabat), juste avant le verdict du 13 avril 2026, a été qualifiée par beaucoup d’observateurs d’opération de déminage ou de diplomatie de sapeur-pompier.

Bien qu’il a affiché une volonté d’apaisement, les résultats concrets montrent que le Président confédéral Caf, a surtout agi en équilibriste, pour protéger l’institution Caf qu’il dirige, plutôt que pour faire infléchir la justice marocaine.

On a vu Patrice Motsepe à Dakar le 08 avril 2026 tenir un discours très prudent sur cette affaire des supporters sénégalais détenus à Rabat.

Même si ce dernier affirmait encore que ; cette question était sa priorité absolue, et qu’il ressentait sa lourde responsabilité, d’autant que les incidents sont survenus lors d’une compétition organisée par la Caf.

Patrice Motsepe a aussi établi des limites, en relevant la souveraineté judiciaire du Maroc. C’est dans cet ordre de la pensée qu’il a dit :

“La libération des supporters sénégalais est une priorité…mais nous devons respecter la loi et les règlements.” (Patrice Motsepe, Dakar, 08 avril 2026).

À vrai dire, le transfert de responsabilité vers le Tribunal Arbitral du Sport demeure sa position. L’un des objectifs affichés étant de calmer le jeu, après le retrait du titre de champion d’Afrique au Sénégal.

En faisant cela, Patrice Motsepe déplace le conflit du giron de la Caf, dans l’espoir de se laver les mains, principalement celle de son organisation suite à ces soupçons de favoritisme, de corruption ayant sérieusement entaché cette fin de Coupe d’Afrique des Nations 2025.

Sa mission n’a pas infléchi le cours de la justice. La preuve s’il en fallait, est la confirmation des peines prononcées par la Cour d’appel de Rabat.

C’est une simple question de déni de compétence. Patrice Motsepe a réussi à apaiser les tensions verbales. Mais, sa mission n’a eu aucun impact sur le sort des supporters sénégalais.

Il a véritablement agi comme un diplomate, protégeant la Caf d’une part, et laissant le soin au TAS de trancher le titre sportif. Quant aux deux pays, qu’ils gèrent le volet humain.

En somme, la crise post-Can révèle de la justice marocaine, qu’elle confirme les peines fermes infligées aux supporters sénégalais. Ce verdict douche considérablement les espoirs de relaxe.

Les limites de la diplomatie de Patrice Motsepe sur sa mission de bons offices dévoilent l’impuissance de la Caf face à la souveraineté marocaine.

Des libérations partielles très prochainement, qui laissent un arrière goût d’inachevé. Le football a perdu face aux tribunaux.

Ainsi se referme tristement le verrou judiciaire sur les 18 supporters sénégalais, en attendant une éventuelle grâce royale…

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