La 34è édition de Coupe d’Afrique des Nations 2023, a définitivement tiré son rideau, ce 11 février 2024 en Côte d’Ivoire. Le football africain a une fois de plus, dévoilé son grand caractère. Quelles sont les leçons à retenir au bout du tournoi ?

Le bilan établi s’articule autour des points essentiels.
* Vainqueur & Étapes
– Côte d’Ivoire (2) vs (1) Nigéria
Le vainqueur désigné sur la base de performances réalisées est incontestablement la Côte d’Ivoire ;
– Les différentes étapes qui ont conduit à ce succès :
Phase de Groupes (A) /Côte d’Ivoire (2) vs (0) Guinée-Bissau, Côte d’Ivoire (0) vs (1) Nigéria & Côte d’Ivoire (0) vs (4) Guinée Équatoriale ;
Huitième de finale /Côte d’Ivoire (1&5) vs (1&4) Sénégal ;
Quart de finale /Côte d’Ivoire (2) vs (1) Mali ;
Demi-finale /Côte d’Ivoire (1) vs (0) RDC.
– Les buts inscrits (8) et ceux concédés (8), soit une différence de 0 et une moyenne de buts 1,14 but inscrit ou concédé /match.
– Palmarès actuel indique du nouveau champion qu’il enregistre désormais 3 trophées à son compte (1992, 2015 & 2023).
– Les distinctions attribuées par la Caf indiquent : 1er Côte d’Ivoire, 2è Nigéria, 3è Afrique du Sud et 4è RDC. En outre, le meilleur joueur du tournoi est le nigérian William Troost-Ekong. Ronwen Williams est désigné meilleur gardien de but. L’équato-guinéen Emilio Nsue a reçu le “Soulier d’or”, l’Afrique du Sud est distinguée au titre de “Fair Play Air Côte d’Ivoire”.
* La malédiction brisée
Après la Can 2006 en Égypte, remportée par le pays hôte, plus aucun autre n’avait relevé le pari d’abriter et de remporter la compétition. En 2008 au Ghana, l’Égypte remporte. En 2010 en Angola, c’est toujours l’Égypte qui se distingue. En 2012 dans le cadre d’une co-organisation (Gabon & Guinée-Équatoriale), la Zambie triomphe. En 2013 le Nigéria est vainqueur sur les terres sud-africaines. En 2015 en Guinée-Équatoriale, la Côte d’Ivoire s’en sort avec le trophée final. En 2017 au Gabon, c’est le voisin camerounais qui rentre avec le trophée de vainqueur. En 2019 en Égypte, l’Algérie dicte sa loi aux adversaires et remporte la Can. En 2021 au Cameroun, c’est le tour du Sénégal, de goûter aux délices de dame Can. En 2023 en Côte d’Ivoire, le pays met un terme à cette forme de malédiction, et s’empare du fameux sésame en définitive.
* Les options /éthiques
Elles sont au nombre de quatre (4), selon les points cardinaux (4).
Ces aspects qui renvoient à l’éthique, déterminent ou mieux renvoient aux différents choix techniques et tactiques, conçus par les staff-techniques lors des matchs ou de la compétition, comme cela a été le cas une fois de plus, dans cette Can 2023.
– L’éthique de jeu occupe le pôle Nord en matière de repère. Il consiste au fond pour une équipe ou un club, de jouer conformément aux exigences de qualité. C’est-à-dire, qu’on associe à la victoire recherchée, une manière cohérente de parvenir à l’objectif, par le jeu produit. Le respect des lignes de jeu est fondamentalement à la base du succès.
Or, c’est à ce niveau, qu’on a situé des équipes telles le Maroc, le Sénégal, la Tunisie, l’Algérie…sont restées fidèles à ce principe de jeu malheureusement ;
– L’éthique du risque se situe au pôle Sud de la boussole, en opposition d’avec le nord.
C’est bien ces équipes, qui jouent sans tenir compte de certains aspects. Ici, on met l’accent sur l’essentiel ; la victoire.
En deux ou trois passes, on se retrouve dans le camp adverse. Une fois la différence ainsi faite, on opte pour le jeu bas constitué essentiellement des contre-attaques.
De cette manière, plusieurs équipes se sont retrouvées dans ce système ou philosophie de jeu. On citera le Nigéria, le Cap-Vert, l’Angola, l’Afrique du Sud, se sont limitées, à réaliser l’essentiel, par ce réalisme fondé sur le football direct. On recherche essentiellement les 16 mètres adverses pour faire la différence au score. Tout en protégeant fermement, avec une rigueur exceptionnelle ses propres 16 mètres de jeu, pour ne point encaisser de but ;

– L’éthique de représentativité occupe le côté Est de l’orientation géographique. Il s’agit de ces équipes, qui jouent essentiellement ayant à l’esprit la patrie comme seule valeur cardinale du moment.
Le cas de la Côte d’Ivoire au cours du tournoi, est un exemple du choix opéré pour la circonstance. La victoire finale de cette équipe repose essentiellement sur cet aspect particulier ;
– L’éthique de règle se situe à l’Ouest du repère géographique. Ce sont ces équipes qui sont restées très fermement attachées à la discipline en générale, à travers le respect strict et formel des lois de jeu. Ici, on évite les fautes au maximum, pour ne pas être confondu.
Cette catégorie apprécie forcément le fair-play. Bien évidemment, on citera la Guinée-Bissau, la Namibie, la Tanzanie, la Tunisie comme références.
Désormais, on comprend pourquoi, certaines équipes très attendues à cette compétition, n’ont pas triomphé, selon les attentes des publics. Les vainqueurs sont celles qui ont joué en s’appuyant sur l’éthique du risque ou celle de représentativité.
Ceci résume en gros, le bilan technique et le degré de compétitivité des équipes engagées à cette compétition.
* Données chiffrées
– Les buts inscrits sont 119 /52 matchs, soit une moyenne de 2,28 buts /match joué.
– La meilleure attaque revient à la Guinée Équatoriale (9 buts inscrits /4 matchs), le Sénégal (9 buts inscrits /4 matchs) et l’Angola (9 buts inscrits /5 matchs).
– Les buteurs : Emilio Nsue (5 buts /Guinée-Équatoriale), Gelson Dala (4 buts /Angola), Mostafa Mohamed (4 buts /Égypte) ;
– Quatre (4) matchs sur les cinquante-deux (52) disputés, se sont achevés aux tirs au but : Sénégal (4) vs (5) Côte d’Ivoire, Cap-Vert (1) vs (2) Afrique du Sud, Nigéria (4) vs (2) Afrique du Sud et Afrique du Sud (6) vs (5) RDC. Soit un total de 29 buts inscrits /4 matchs joués. Ces buts n’entrent pas dans le total du nombre de buts inscrits, au cours de la compétition. D’où cette précision, qui apporte des réponses à certaines interrogations ;
– Les cartons jaunes : 175 /52 matchs
Phase de Groupes /44 (1è journée), 33 (2è journée), 40 (3è journée) ;
Huitièmes de finale /40 ;
Quarts de finale /18 ;
Demi-finales /2 ;
Match 3è place /1 ;
Finale /5.

– Les cartons rouges : 12 /52 matchs
Phase de Groupes /3 (1è journée), 1 (2è journée), 0 (3è journée) ;
Huitièmes de finale /4 ;
Quarts de finale /3 ;
Demi-finales /1 ;
Match 3è place /0 ;
Finale /0.
– Les détails disciplinaires par équipe /cartons jaunes & rouges :
Guinée-Bissau (1 jaune), Gambie (7 jaunes), Mozambique (7 jaunes), Tanzanie (3 jaunes & 1 rouge), Tunisie (2 jaunes), Algérie (9 jaunes), Zambie (5 jaunes), Ghana (9 jaunes), Namibie (4 jaunes & 1 rouge), Cameroun (7 jaunes), Maroc (7 jaunes & 1 rouge), Burkina Faso (11 jaunes), Mauritanie (8 jaunes), Guinée Équatoriale (7 jaunes & 1 rouge), Sénégal (10 jaunes), Égypte (7 jaunes & 1 rouge), Guinée (8 jaunes & 1 rouge), Angola (8 jaunes & 1 rouge), Mali (7 jaunes & 1 rouge), Cap-Vert (7 jaunes), RDC (8 jaunes), Afrique du Sud (6 jaunes & 1 rouge), Côte d’Ivoire (16 jaunes & 1 rouge), Nigéria (12 jaunes).
* Infrastructures & autres commodités
Les stades, terrains d’entraînement, l’hébergement, la nutrition, le transport n’ont pas été absents durant la compétition. On a entendu très peu de plaintes sur ces aspects.
* Retombées financières
– Vainqueur : 7 millions Usd ;
– Finaliste (2è) : 4 millions Usd ;
– 3è et 4è : 2,5 millions Usd ;
-Quarts finalistes : 1,3 millions Usd ;
– Huitièmes finalistes : 800 mille Usd ;
– Les deux 3è de Groupes, qui n’ont pas été qualifies aux Huitièmes de finale : 500 mille Usd ;
– Les derniers de Groupes : 400 mille Usd.

* Les écarts
Il s’agit des insuffisances observées lors de la compétition. On citera :
– L’attitude de la presse n’a pas entièrement satisfait la Caf. Elle est allée jusqu’à brandir des menaces. Par-là, a utilisée ce procédé pour ramener à l’ordre les journalistes indélicats. Lesquels suite à de comportements malveillants dans les tribunes, ont déshonoré l’ensemble ;
– La billetterie est incontestablement un échec retentissant au cours de cette 34è édition de Coupe d’Afrique des Nations 2023. Des billets d’accès aux différents stades, se sont retrouvés entre les mains des spéculateurs qui les revendaient trois à quatre fois plus chers. Cela a suscité de nombreux remous au sein des opinions. Une véritable tâche noire sur le dos de l’organisateur, pour ce manquement détestable ;
– Les actes de violence ont été observés, à l’issue de certains matchs. L’exemple marquant a un rapport avec l’équipe hôte (Côte d’Ivoire). Ce chauvinisme n’est pas bon, pour l’image du football africain.
– Les staff-techniques n’ont pas été exemptés de critiques profondes. On a enregistré des départs volontaires, synonyme de démissions, des licenciements pour insatisfaction. Les cas les plus marquants viennent de la Tanzanie (Adel Amrouche) et de la Côte d’Ivoire (Jean-Louis Gasset) ont été remerciés en pleine compétition, pour des raisons diverses. Ce phénomène se poursuivra certainement, au fil des jours à venir ;
– L’arbitrage a fait parler de lui en mal lors de certaines rencontres. Parmi elles, l’officiel du match Sénégal vs Côte d’Ivoire est accusé de certains manquements.
Globalement, ce volet a connu une nette évolution, avec la présence de la VAR (Video Assistant Referee), de plus maîtrisée par les arbitres africains. Cette VAR a sauvé la compétition de nombreuses injustices. Le bien-fondé d’une compétition est d’assurer au maximum l’équité. Sinon, tout se perd, puis s’installe un discrédit profond ;
– Le déséquilibre
Il concerne les différentes régions Caf. La région Ufoa (Afrique de l’ouest) se taille la part du lion (1er Côte d’Ivoire, 2è Nigéria). La région Cosafa (Afrique australe) s’est classée 3è, grâce au onze national d’Afrique du Sud. L’Unifac (Afrique du centre) a sauvé sa face, par cette présence de la RDC, occupe le 4è rang au classement général.
Les régions Unaf (Afrique du Nord) et la Cecafa (Afrique de l’est) ont considérablement mordu la poussière. Les équipes de ces régions sont passées à côté de l’objectif principal.

Tout s’est déroulé dans d’assez bonnes dispositions, au cours de cette compétition Can 2023, malgré les nombreuses inquiétudes de départ. C’est en l’honneur de l’Afrique et de son football, ont clairement relevé le pari d’une organisation acceptable, fondée sur ces nombreuses conditions assez difficiles à remplir.
Il serait intelligent à présent, qu’au-delà de la Caf, les différentes fédérations nationales se posent les vraies questions, sur le niveau actuel du football local.
Cette remise en cause n’est plus à négocier, ou mieux ne se présente pas, comme quelque chose de facultatif. Cette obligation formelle est à insérer dans l’ordre des priorités. L’avenir du football africain passe forcément par là…





















