jeudi, octobre 15, 2026

Lors de son propos du 09 octobre 2026 au Cabo Verde, le patron de la Caf, Patrice Motsepe envisage désormais le maintien du rythme historique de la Can tous les 2 ans. Cette décision fait suite à une forte contestation sur le continent, après l’annonce en décembre 2025 d’un passage à une fréquence tous les 4 ans, prévue initialement à partir de 2028. Le maintien de ce rythme vise à préserver la culture populaire du tournoi, ainsi que les principales sources financières en faveur du football africain. Quelles analyses autour de ce revirement spectaculaire ?

Le football africain est pris en étau entre la saturation du calendrier international, celui impulsé par la Fifa, la pression exercée par les clubs européens et ses propres contraintes budgétaires ; la Caf est justement à la croisée des chemins.

L’intention un temps affichée d’espacer la Can à un cycle quadriennal s’est très rapidement heurtée aux réalités structurelles du football africain.

Avec une compétition phare qui génère à elle seule près de 80% de ses revenus globaux, la Caf ne fait pas seulement face à un arbitrage de calendrier. Mais, elle se heurte considérablement à une véritable équation de survie financière.

Ce probable retour vers le rythme biennal en attendant confirmation, dépasse ainsi le simple cadre sportif. Il incarne la tension permanente entre la nécessité d’autonomie financière pour les fédérations nationales du continent. Et, la résistance géopolitique face à une harmonisation globale dictée par les ligues occidentales.

. L’impératif financier

La Can est incontestablement le poumon économique du football africain. La dépendance budgétaire vitale de la Caf en dépend étroitement, sans oublier les associations nationales membres.

Contrairement au modèle européen, où la santé financière repose en grande partie sur; la Ligue des Champions et la puissance commerciale des championnats locaux. Le modèle économique de la Caf est fondé sur une quasi- monoculture. La Can constitue à cet effet le principal levier de cash- flow de la Caf.

Pour la majorité des 54 fédérations membres, les redistributions financières liées aux droits télévisés, au sponsoring et aux primes de performance de la Can représentent la source majeure de leur budget annuel.

Passer à un cycle de 4 ans créerait une période d’austérité prolongée de 48 mois, mettant directement en péril le financement des championnats domestiques, le développement du football de base, la formation des jeunes et l’entretien des sélections nationales de catégories inférieures.

L’illusion d’un modèle de substitution par la Ligue des Nations, visant à pallier le manque à gagner d’une Can espacée à 4 ans, le projet était inadapté au marché africain.

Contrairement à l’Europe où, les rencontres internationales intermédiaires parviennent à capter une valeur ajoutée forte, grâce à la densité des marchés télévisuels solvables.

En Afrique, l’attention des investisseurs et les diffuseurs internationaux se focalise quasi exclusivement sur le tournoi final de la Can.

Abandonner une édition biennale au profit d’une compétition de substitution non rodée, revenait essentiellement à troquer une rentabilité avérée contre une incertitude financière majeure.

. Le bras de fer géopolitique

Il s’agit de la souveraineté africaine face à l’hégémonie occidentale. La pression des clubs européens et la velléité de tutelle de la Fifa ont été au cœur du débat sur la périodicité de la Can. Ce qui a alimenté de vives tensions entre le nord et le sud de la planète football.

L’association européenne des clubs, Eca, et les principales ligues occidentales ; Premier League, Ligue1, Serie A considèrent historiquement la Can biennale, souvent disputée en cours de saison européenne, comme une perturbation logistique, et une charge financière injustifiée sur les joueurs dont elles paient les salaires.

De son côté, la Fifa cherche à rationaliser le calendrier mondial, pour faire de la place aux compétitions qu’elle contrôle directement.

La tentative de rallonger le cycle de la Can apparaissait aux yeux de nombreux dirigeants africains, comme une concession de trop, face aux exigences européennes, sacrifiant l’intérêt sportif du continent africain au bénéfice des géants du football mondial.

L’affirmation identitaire et la Can sont des moteurs de développement. Le maintien du rythme tous les 2 ans revêt une portée politique et sociale décisive.

Tout d’abord, cette compétition est un levier de diplomatie et d’unité africaine. La Can est le seul événement sportif et culturel capable de mobiliser simultanément l’ensemble du continent, et de braquer les projecteurs du monde entier sur l’Afrique justement.

Ensuite, la Can est un accélérateur d’infrastructures. Un rythme biennal force une rotation régulière des pays hôtes. Imposant aux États d’investir de façon accélérée dans la construction des stades, de réseaux de transport, d’infrastructures hôtelleries et d’installations médicales.

Enfin, il y a ce refus de l’alignement subordonné. En maintenant son propre rythme, la Caf réaffirme que, le calendrier africain n’est pas une variable d’ajustement du calendrier européen.

. La recherche d’un équilibre

Il importe de moderniser la biennale, pour assurer sa viabilité stratégique. Maintenir la formule à 2 ans et la rendre pérenne sans épuiser les acteurs de jeu, la Caf doit engager des réformes d’optimisation.

Il faut alléger les phases de qualification. Cela suppose, qu’on restructure la phase des éliminatoires, pour réduire le nombre de déplacements transcontinentaux inutiles, et condenser les fenêtres internationales.

Puis, régler la gestion flexible des périodes d’organisation. Alterner de façon pragmatique entre les éditions estivales juin-juillet, et hivernales janvier-février en fonction des contraintes climatiques des pays hôtes, et des impératifs du calendrier international.

Aussi, il faudrait optimiser la valorisation commerciale. Diversifier les sources de revenus sponsorisés au sein du marché intra-africain, pour moins dépendre uniquement des droits de retransmission des marchés extérieurs.

En définitive, lorsque la Caf décide de réévaluer le passage à un rythme quadriennal au profit d’un maintien tous les 2 ans, l’instance faîtière du football africain privilégie un pragmatisme assumé.

Cette décision démontre que, le modèle économique du football africain ne peut être calqué sur celui de l’Uefa, sans fragiliser l’écosystème local ; dont la Can reste le principal moteur financier et institutionnel.

Sur le plan géopolitique, conserver la biennale constitue un acte de résistance face à l’hégémonie des clubs européens, et au calendrier de la Fifa.

Toutefois, ce choix impose une responsabilité nouvelle ; la Caf doit désormais moderniser sa gouvernance, maximiser la valorisation de ses droits, et mieux protéger la santé des acteurs. Ceci, pour transformer ce rythme soutenu en un levier d’influence durable sur la scène mondiale…

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