vendredi, octobre 16, 2026

C’est la veille du Congrès de la Fifa tenu à Vancouver au Canada ce 30 avril 2026, qu’une annonce officielle présente dans le site Internet de la Caf indique ; le soutien unanime au Président sortant Gianni Infantino comme candidat de l’Afrique. Une telle initiative suscite réflexion et analyse objective sur la base des données identifiées. Qu’en est-t-il exactement d’un tel état des choses ?

L’instant des grandes manœuvres en vue des élections à la Fifa olympiade 2027-2031 a sonné. L’Afrique se positionne clairement à l’unanimité de ses 54 associations nationales, pour indiquer sans façon son choix préférentiel sur l’actuel maître des lieux ; Gianni Infantino.

Au passage, ce dernier a officialisé sa candidature lors des assises du 76è Congrès de la Fifa le 30 avril 2026 à Vancouver au Canada !

Des questions fusent ça et là, pour saisir le sens profond d’une telle option de la Caf. Plusieurs indications substantielles permettent ainsi, de porter un regard appuyé sur le pourquoi du comment ?

En voici quelques aspects, pour décrypter ce soutien massif :

De prime abord, une telle prise de position “unanime” venant des 54 fédérations nationales africaines membres de la Caf, annoncée à Vancouver le 29 avril 2026, est incontestablement un signal politique majeur.

Elle ne relève pas seulement de la courtoisie diplomatique, mais s’inscrit dans une stratégie de réciprocité bien rodée entre Zurich, siège de la Fifa et le continent africain.

. La politique du “donnant-donnant”

Ici, la question relève du bilan financier. Le fameux soutien de l’Afrique est avant tout le résultat d’investissement sans précédent.

Sous le magistère de Gianni Infantino (2016-2026), le programme Fifa Forward a radicalement changé la donne financière pour les petites et moyennes fédérations.

Entre 2016-2026, la Fifa a injecté environ 1,28 milliards de dollars dans le football africain ;

En matière d’infrastructures, plus de 200 projets ont été achevés sur le continent africain, incluant la rénovation de stades tel celui de Juba au Sud Soudan. Puis, la création de centres techniques nationaux ;

L’étroite dépendance budgétaire des fédérations nationales africaines aux subventions de la Fifa est une réalité incontestable.

Ces subventions représentent la majeure partie des budgets de fonctionnement. Ce qui vraisemblablement suppose, que soutenir la stabilité à la tête de la Fifa, c’est une façon de garantir la pérennité de ces revenus ;

. Le poids électoral de l’Afrique

C’est aussi vrai que l’Afrique avec ses 54 fédérations nationales sur les 211 affiliées à la Fifa est le second réservoir des voix électorales après l’Europe qui en compte 55/211 justement.

D’un point de vue rationnel, en obtenant l’unanimité de la Caf, Gianni Infantino s’assure mathématiquement d’une base de départ bien solide, rendant toute opposition crédible quasi impossible !

Un tel bloc africain uni à la veille du 76è Congrès de la Fifa montre clairement que, le Président de la Caf Patrice Motsepe a réussi à maintenir la cohésion de ses membres, consolidant de fait le pouvoir de négociation de l’Afrique face aux autres Confédérations, notamment l’Uefa ;

. Les réformes structurelles

Elles séduisent au regard des bénéfices directs aux nations africaines.

Le passage de 48 équipes nationales dès le prochain Mondial 2026 offre à l’Afrique 9 ou 10 places, contre 5 auparavant. C’est aussi là, une opportunité historique de visibilité et de revenus pour l’Afrique ;

Le développement des talents à travers le programme “Football for schools”, et les initiatives de détection de talents sont perçus comme des outils concrets de lutte contre la pauvreté et de professionnalisation ;

. La géopolitique

L’axe Fifa-Afrique contre l’Europe se dégage dans cette lecture stratégique. Il existe souvent de vives tensions entre la Fifa et l’Uefa (Europe).

En se positionnant comme le “Président du Monde entier”, et non plus seulement de l’Europe, Gianni Infantino s’appuie sur les “Sud globaux” dont on inclut l’Afrique, l’Asie et l’Océanie.

Cette politique stratégique vise justement, à contrebalancer l’influence historique des grandes puissances européennes.

Ce qui fait dire de la situation globale, que l’unanimité africaine confirme ainsi, l’idée selon laquelle le centre de gravité politique du football continue à se déplacer.

La question qui se pose à présent est : si cette “unanimité” reflète-t-elle une réelle satisfaction des fédérations sur le terrain, ou c’est simplement une décision politique prise au sommet par les dirigeants ?

Vu sous cet angle de perception, parler de “décision politique” est on ne peut plus juste. D’habitude dans les coulisses du pouvoir en football, l’unanimité est rarement le fruit d’un hasard prononcé ou de cette espèce d’affection spontanée ; c’est un outil de gouvernance simplement.

Voici en quoi cette annonce du 29 avril 2026 à Vancouver est un pur acte politique et rien d’autre :

. La neutralisation de toute opposition

En annonçant un soutien unanime un an avant l’élection du 18 mars 2027 à Rabat au Maroc, laquelle désignera le Président de la Fifa lors du 77è Congrès électif. La Caf envoie un message fort et suffisamment clair aux éventuels rivaux de Gianni Infantino.

C’est une façon de verrouiller le terrain. Un message de dissuasion en direction d’un autre candidat européen ou autre, qu’il serait suicidaire de se lancer sans une partie du bloc africain qui compte 54 voix.

À vrai dire, cette attitude est marquée par une unité de façade. Car, il y a des désaccords internes entre certaines fédérations africaines. Le communiqué officiel émis par la Caf impose une image de bloc monolithique, pour peser plus lourd dans les négociations futures ;

. Le contournement

Il s’agit de la limitation des mandats. C’est le point politique le plus sensible. Selon les Statuts de la Fifa, un Président est limité à trois mandats de quatre ans.

L’astuce juridique intervient dans la mesure où, Gianni Infantino a été élu en 2016, pour achever le mandat initial entamé par Joseph Sepp Blatter. Le Conseil de la Fifa avait statué que cette période (2016-2019), ne comptait pas comme un mandat complet ;

La validation africaine intervient sans façon. En soutenant sa réélection pour l’olympiade 2027-2031, la Caf valide politiquement cette interprétation juridique contestée par certains juristes européens.

L’Afrique devient de fait cette sorte de “bouclier”, légitimant le maintien au pouvoir de Gianni Infantino ;

. La dépendance mutuelle

Un axe majeur Infantino-Motsepe existe. Cette symbiose politique entre les deux Présidents de la Fifa et celui de la Caf. On se souvient qu’en mars 2025, Patrice Motsepe a été réélu lui-même grâce au soutien de Gianni Infantino.

Il se dégage à l’esprit l’idée d’un soutien croisé. Infantino a besoin des voix africaines pour régner sur la Fifa. Motsepe quant à lui a besoin de l’appui technique et financier de la Fifa pour réformer le football africain ;

La centralisation du pouvoir se traduit par le fait que, les 54 fédérations nationales africaines acceptent de s’aligner sur la vision de leur instance continentale, en échange de la garantie des fonds Fifa Forwards, qu’on estime à 1.28 milliards dollars pour l’Afrique d’ici fin 2026, continueront de couler aisément ;

. Un signal à l’Occident

Historiquement, les fédérations européennes celles de l’Uefa dictaient l’ordre mondial du football. Ce soutien unanime des africains est ainsi une démonstration de force.

L’Afrique affirme sur ce coup, qu’elle n’est plus une simple force d’appoint, mais faiseur des rois. C’est aussi là une manière de dire aux nations de l’Uefa : “C’est nous qui décidons de l’avenir du football mondial.”

Le procédé en cours pose de sérieux problèmes à la bonne conscience. Car, il freine réellement l’émergence de nouvelles idées.

Cette analyse est partagée par de nombreux observateurs critiques. L’unanimité politique en même temps qu’elle apporte une stabilité, agit souvent comme un étouffoir pour l’innovation et la contradiction.

En cela, ce système de “bloc” peut paradoxalement paralyser le développement du football africain.

. La culture de l’allégeance

À ce stade, on écarte les projets au profit d’un aveuglément fondé sur la stricte soumission. Il en est ainsi, lorsqu’un soutien est décidé à l’unanimité avant même l’ouverture des candidatures, le débat d’idées disparaît ;

L’absence de programmes concurrents, fait dire que le résultat étant d’ores et déjà connu, aucun dirigeant africain ou international ne prend le risque de proposer une vision alternative, de peur d’être isolé ou privé de subventions ;

La prime revient au statu quo, d’autant qu’on ne vote pas pour le “meilleur projet”, mais pour celui qui garantit le maintien des acquis financiers. Cela empêche de questionner l’efficacité réelle des investissements actuels ;

. Le clientélisme financier

Il y a de nombreux risques à verser dans la dépendance aux fonds de la Fifa. Ce qui crée un rapport de force déséquilibré.

Le contrôle limité vient de ce que, si une fédération sait que son budget dépend étroitement de son alignement politique sur Zurich, elle sera évidemment moins encline à critiquer les décisions de la Fifa, même si celles-ci sont défavorables à ses intérêts locaux tels le calendrier international ou les droits TV ;

L’uniformisation s’explique par le fait qu’on applique des solutions “standards” venues d’en haut ; c’est à dire de Zurich, plutôt que de laisser émerger des modèles de développement spécifiquement africains, adaptés aux réalités économiques et sociales locales ;

. La démocratie en chute libre

L’affaiblissement de la démocratie interne à la Caf indique de l’unanimité ; qu’elle est très souvent le signe d’une verticalité excessive.

En inhibant la relève, le système verouille les postes de pouvoir. Les jeunes cadres du football africain, qui pourraient porter des idées disruptives sur le numérique, la formation locale ou l’éthique par exemple, voient l’accès aux responsabilités barré par des consensus de sommet ;

Le manque d’autocritique fait état de ce que sans opposition, il n’y a pas d’audit réel des échecs, à l’exemple des problèmes d’arbitrage, corruption persistante dans certaines ligues, manque de compétitivité des clubs locaux etc… ;

La curieuse dépendance au “sauveur” extérieur donne des crampes à l’estomac. En se rangeant systématiquement derrière la figure du Président de la Fifa, les associations nationales africaines renforcent l’idée que le salut du football africain vient de l’extérieur. Notamment ces subventions mondiales, plutôt que d’une structuration interne autonome.

Pour tout dire, si le bloc africain est une arme de négociation puissante sur la scène internationale. Il devient un piège interne, s’il s’interdit toute dissension.

Le danger est de voir le football africain devenir un simple “réservoir de voix” électorales en échange d’une assistance financière, au lieu de devenir un laboratoire d’idées nouvelles.

Le paradoxe est présent. Pour être forte à l’extérieur, la Caf impose une unité de façade qui, à l’intérieur, empêche le débat nécessaire à son propre renouvellement.

L’histoire retient que le 29 avril 2026 à Vancouver au Canada en marge du 76è Congrès de la Fifa ; l’Afrique à travers la Caf et ses 54 fédérations nationales, se livre à un jeu qui n’a rien en commun avec une élection proprement dite. Mais, revêt tous les traits de ressemblance d’un plébiscite organisé. La faute à l’argent…

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