Le Président de la Confédération africaine de football (Caf), a donné une conférence de presse ce 20 décembre 2025. En cette veille du début de la 35è édition de Coupe d’Afrique des Nations au Maroc, Patrice Motsepe a annoncé plusieurs réformes concernant la Can. De nombreuses réactions sont exprimées ça et là, au but de mieux cerner le bien-fondé de cette révolution. La Can dans sa programmation et son organisation subira des modifications réelles à partir de l’an 2028. Une nouvelle compétition verra également le jour. Il s’agit de la Ligue africaine des Nations. Que retenir de ces réformes questionnables au fond et dans la forme ?

Le ciel au-dessus du football africain s’obscurcit chaque jour qui s’amène. Des annonces qui font frémir d’indignation s’enchaînent ainsi, sans que l’on dévoile la profondeur des choses.
Le football africain est depuis quelques années prisonnier des forces extérieures au continent. La mainmise étrangère sur sa gestion globale est perceptible à l’œil nu. La Caf se laisse dicter les volontés et les choix, qui lui sont défavorables sur toute la ligne.
La dernière annonce est celle du Président Confédéral Patrice Motsepe. C’est sans gêne, qu’il informe la presse, que désormais la Coupe d’Afrique des Nations se jouera chaque quatre ans, ceci dès 2028.
Une telle annonce donne froid au dos. Quand on sait que les pères fondateurs de cette compétition africaine visaient un objectif précis. Celui de cimenter l’unité africaine dans toutes ses composantes, à une cadence régulière de deux ans depuis 1957.
La pression qu’exercaient plusieurs sur la fréquence de ce tournoi, s’était heurté à l’hostilité des responsables de la Caf.
Issa Hayatou s’en était offusqué à maintes reprises, sur ces changements souhaités par les lobbies européens et la Fifa. Ce qui lui a valu sa mise à l’écart.

De prime à bord, plusieurs analyses renvoient à ce qui est juste, ou inéquitable pour le football africain. Cela à la suite de l’annonce du Président Confédéral Patrice Motsepe.
En théorie, deux thèses contradictoires s’affrontent, chacune brandissant ses arguments pour se justifier.
Les tenants de la thèse optimiste s’appuient sur la meilleure qualité et plus d’enjeu.
Pour ces derniers, avec un cycle plus long, les équipes auront le temps matériel de construire savamment des vrais projets, de préparer des cycles cohérents.
Les joueurs et les fans attendront plus la Can. Ce qui la rendrait encore plus “savoureuse” et prestigieuse.
En plus, un calendrier plus harmonisé ferait mieux l’affaire. Ce qui réduirait ces nombreux conflits avec les dirigeants de clubs européens, dans lesquels évoluent plusieurs footballeurs africains.
Cela manifestement entraînerait moins de plaintes dedits clubs sur l’absence des joueurs retenus pour la Can. Les joueurs quant à eux éprouveront moins de fatigue. Ce qui semble être favorable au bien-être de ces internationaux africains.
Les revenus et l’attractivité commerciale sont mis en avant. La Caf à travers cette réforme souhaite booster les droits TV, sponsors et investissements. Car, une Can plus rare et plus “grosse”, attirerait plus de ressources financières. Et, la nouvelle Ligue des Nations africaine qui se tiendra annuellement à compter de 2029, compensera le manque de matchs internationaux sur un volet sportif.
En matière de préparation, les pays organisateurs disposeront d’assez de temps, pour mettre sur pied les infrastructures nécessaires sans trop de pression.

Pour les partisans de la thèse pessimiste ; il y aura moins de moments de fête, pour les supporters africains. D’autant qu’une Can tous les deux ans, est une occasion de fête. Une aubaine particulière qui unit l’ensemble du continent africain autour d’un ballon de football.
En passant de deux à quatre ans, cela rendrait plus distant ce grand événement panafricain.
Sur un plan purement financier, l’impact sera immédiat. D’autant que la Can représente environ 80% des revenus de la Caf.
Ce qui suppose qu’avec ce calendrier quadriennale, un rythme plus lent naîtra, et créera un trou dans les caisses de la Caf, puis des fédérations nationales.
Même si la Ligue des Nations et l’augmentation des primes dont le vainqueur empochera 10 millions USD, ne suffirait pas à compenser ce déficit.
En outre, cette transition est un peu bizarre. À preuve, l’on jouera deux Can consécutives en 2027 et 2028 avant l’avènement du nouveau régime quadriennal. Ce fait inédit pourrait dérouter l’ensemble.

Sur un tout volet de la question, on s’interroge, quand Patrice Motsepe affirme que : “On va durcir les critères d’organisation, on va sanctionner les retards”. Ce discours est beau à entendre, sur du papier c’est potable. Mais, qui appliquera ces sanctions ?
La Caf elle-même a déjà reporté trois éditions de Can de suite (2021, 2023, 2025). Ce qui interroge suffisamment.
La Caf n’est pas un modèle de rigueur en matière de gouvernance. Quelques exemples édifiants :
La Caf a retiré à la Guinée l’organisation de la Can 2023 à huit mois du début du tournoi. Cette décision tardive a créé un chaos logistique.
Il s’est dit, le transfert du siège de la Caf du Caire (Égypte) à Rabat (Maroc) était annoncé à grands renforts de publicité, toujours sans suite depuis quatre ans. La Caf étant jusqu’ici en location au Caire, dit-on !
Les finances de la Caf posent problème. Les audits internes sont douteux, on enregistre de nombreuses accusations de corruption, des sponsors qui s’en vont et d’autres avec qui on renégocie à la dernière minute.
Le calendrier des compétitions qui subit de modifications à la dernière minute. Ce qui fragile la crédibilité de la Caf.
Cette même Caf qui laisse passer des dossiers bancals à chaque occasion décisive ne rassure pas !
Que fera-t-on du problème culturel et organisationnel de cette Can ?
La tendance habituelle à tout renvoyer plus tard, à ajourner ce qui est urgent pose problème. Ce qui fait que l’Afrique s’identifie en ces termes peu élogieux, parce qu’elle finit toujours en mode rush à la dernière minute.
Y a-t-il de solides garanties, qu’on assistera effectivement à une rupture en passant de 2 à 4 ans ? Et ces pays qui se réveillent vraiment à 18 voire 12 mois avant le tournoi ?
C’est une grave crise de mentalité, qu’il faudrait combattre au fond avant toute chose. Sinon, on risque sans doute des retards plus importants avec cette réforme.
Le pessimisme est justifié avec cette réforme. Ce passage de 2 à 4 ans est un pari risqué. Il y a de fortes chances que, rien ne marche comme prévu.
La Caf n’est pas à même d’imposer des règles strictes à des pays désorganisés. Cette Caf est strictement le reflet de ses membres. Les mêmes habitudes, les mêmes lenteurs, les mêmes arrangements politiques, sans oublier les mêmes promesses non tenues, qui circulent entre les associations nationales et la Caf.
Toutes ces initiatives risquent de transformer la Can en un événement encore plus aléatoire et chaotique qu’avant.

En définitive, si l’on tient à changer les choses, il faudrait au préalable que la Caf elle-même devienne un modèle de professionnalisme ; avec une gouvernance transparente, deadlines respectés à la lettre, zéro tolérance pour les retards. Mais, on est très loin d’un tel objectif.
Compter sur la Caf pour forcer un changement culturel profond, c’est comme demander à un poisson de sortir de l’eau.
Le passage à quatre ans est une idée qui pourrait être bonne en théorie. Mais, avec la réalité africaine actuelle, elle risquerait surtout d’amplifier le désordre qu’on connaît déjà…





















